Une histoire extraordinaire

De luciano VAL le 04/11/2009 (1 visite depuis 7 jours)


On en sait peu, à dire vrai,
Et ce, depuis des millénaires,
De l’amour et de ses secrets,
Comment il nait ou dégénère.
Pour l’illustrer, je conterai
La rencontre peu ordinaire,
Légendaire à ce qu’il parait,
De ma grand-mère et mon grand-père.
Je vous la livre d’un seul trait,
Avant que le temps ne l’altère,
Et n’en érode le sacré,
Comme la pluie avec la pierre.
Je commence par son portrait.
L’aïeul était quinquagénaire,
Ce qu’aucun signe ne montrait.
Il travaillait au Ministère
Des Mines et des minerais.
C’était un petit fonctionnaire
Chargé des projets de décrets.
Il menait une vie pépère,
Dans un deux-pièces propret,
Du côté du marché Paul Bert.
Elle habitait dans le Marais.
Elle était universitaire,
Et sa mère la chapitrait :
« Trente ans, toujours célibataire ! »
Ce qu’on ne comprend pas effraie.
Elle animait des séminaires
Au cours desquels elle illustrait,
Dans « Sun Tsu et l’art de la guerre »,
Ce qu’il y avait de concret
A l’usage de militaires.
Elle avait perdu intérêt
A l’amour, le coeur en jachère.
Quant à lui, il était discret.
Il attendait « la » partenaire,
Le bon grain tiré de l’ivraie,
Pas de celles qu’on rémunère
Pour leurs services, à grands frais,
Dans des amours intérimaires.
Chaque jour, ils se rencontraient,
Sur la ligne A du R.E.R.
Il venait de « Chevaleret »,
Elle, de « Filles du calvaire ».
Il était tombé en arrêt
Devant elle et ses grands yeux verts
Le premier jour. Qui aurait
Vu les coups d’oeil qu’ils se donnèrent,
Aurait dit que c’était le vrai
Coup de foudre, sans le tonnerre.
Il lui trouva beaucoup d’attraits.
Elle aima son air débonnaire.
Mais sans mots doux, il disparait
L’amour naissant, embryonnaire.
Alors elle désespérait.
Jusqu’à quand allait-il se taire ?
Croyait-il qu’elle l’attendrait
Ainsi une vie entière ?
Quand l’espérance est à l’arrêt,
Les petits riens exaspèrent.
Lui ne le faisait pas exprès.
Il manquait surtout de repères.
Il ne voulait plus d’à-peu-près,
De désillusion amère.
C’est que le doute l’atterrait.
Il fallait que le temps opère.
Un beau jour, il se sentit prêt,
Le courage d’un mousquetaire.
Il s’approcha d’elle, tout près,
Coeur battant, sans préliminaires.
On le vit alors murmurer.
Que lui dit-il ? C’est un mystère
Qu’ils ont toujours gardé secret.
Qu’il n’était pas millionnaire ?
Qu’il recherchait l’amour, le vrai,
Celui qui sauve, régénère ?
Qu’ensemble, ils se concocteraient
Une vie heureuse et prospère ?
Comme l’éponge avec la craie,
L’amour efface les colères.
Elle dit qu’elle le suivrait
Jusqu’á l’autre bout de la terre,
Que sans lui, elle choisirait
Sans nul doute une vie austère
Dans un monastère, en retrait.
Comment ce frêle amour sincère
S’est raffermi ? Quel fut l’engrais ?
Je ne juge pas nécessaire
De conter plus avant l’après
D’une histoire extraordinaire.
Par des lettres dans un coffret,
J’ai su les détails de l’affaire.
Mais je ne les dévoilerai
Pas, pour respecter leurs prières.
Ensemble, un soir d’hiver trop frais,
Ils sont partis, lui, centenaire.
Je n’ai livré que des extraits
Du bonheur de mes congénères.
Un jour sans doute, j’avouerai,
Livré à des tortionnaires,
Que l’histoire - Mille regrets !-
N’est peut-être qu’imaginaire.