Si je devais partir demain
Si je devais partir demain,
Je laisserais sur le chemin
Tous les printemps, tous les automnes,
Tous les orages d’été qui tonnent,
Si je devais partir demain,
Je laisserais sur le chemin
Tous les printemps, tous les automnes,
Tous les orages d’été qui tonnent,
Mes mots sont des jeunots
Qui m’torturent sans malice.
Ils ignorent, ces novices,
Qu’ils me mettent au supplice,
Pour une seule rime en O.
Ce matin, au réveil, j’étais pris de nausées.
Dans mon demi-sommeil, ma muse ou un esprit,
Me sentant affaibli, lâchement, me surprit,
Envahissant, sans bruit, ma pensée reposée.
Quand j’allais, tous les jours, voir ma mère malade,
A la Conception, dans le hall, je lisais
Que RIMBAUD y mourut, au bout de ses balades.
Un marbre sur un mur, gris, l’immortalisait.
Je pense à la première fois.
Je me souviens du paysage,
Mais plus du tout de son visage,
De son prénom ou de son âge.
Il est si loin cet autrefois.
J’ai vu tant de lieux, croisé tant de visages,
Entendu tant de mots, que j’en ai le tournis.
Mais les événements sont comme un balisage
De jalons lumineux que le temps nous fournit.
Je me souviens, je me souviens,...
Trouver les mots quand c’est fini,
Après bien des années ensemble,
Où, tous deux, nous allions l’amble,
Engendre un émoi infini.
D’abord, par le hublot, l’immense étendue verte,
A perte d’horizon, avant de nous poser,
Puis cette chaleur moite, la porte à peine ouverte,
Qui vous saute au visage, à vous indisposer.
C’était mon premier jour d’années de découvertes.
Si j’ai assez de temps, je vous ferai trembler,
A gros frissons, à chair de poule, par surprise,
En décrivant la guerre, les obus qui irisent
Dans le bruit et les cris. A l’abri des remblais,
Des poilus mutilés, en sang, qui agonisent
Notre ange de cinq mois
Pour l’moment gazouille.
Et sa mère comme moi,
Nous scrutons, bredouilles,
Ses premiers ma, pa,
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